15 ans de collaboration dans le concordat de pédagogie spécialisée: chances et défis
15 ans de collaboration plus étroite dans le domaine de la pédagogie spécialisée: où sommes nous aujourd’hui et quels défis nous guettent? Par Romain Lanners.Le 1er janvier 2011 l’Accord intercantonal du 25 octobre 2007 sur la collaboration dans le domaine de la pédagogie spécialisée rentre en vigueur. Cet accord aussi appelé concordat de pédagogie spécialisée met une fin progressive à un système à deux silos, créé il y a bien 65 ans. Quelles sont les visions actuelles sur la collaboration entre l’ordinaire et le spécialisé?
La naissance d’un système scolaire à deux silos peu perméables
Le 1er janvier 1960, la Loi sur l’assurance-invalidité (LAI) rentre en vigueur après de longues discussions (Germann, 2020). Cette nouvelle loi d’assurance sociale prévoit des subventions pour les frais de construction et d’exploitation d’écoles spécialisées. En tant qu’assurance, l’AI – donc la Confédération – ne pouvait pas verser des subventions à des entités publiques, comme les cantons ou les communes, mais seulement à des fondations ou des associations privées souvent fondées dans la foulée par des parents d’enfants en situation de handicap. C’est ainsi que dans les années 1960 et 1970, la Suisse connait une vague de construction d’écoles spécialisées privées sur site propre séparées géographiquement des écoles ordinaires. Ce système à deux silos freine encore aujourd’hui le développement d’une école pour toutes et tous les élèves. L’orientation vers une école spécialisée marche très bien, en revanche les réintégrations du spécialisé vers l’ordinaire sont très rares.
Le principe de l’intégration avant la séparation
Le concordat de 2007, auquel 16 cantons ont actuellement adhéré, corrige ce tir: la pédagogie spécialisée entre entièrement dans le champ de compétence des cantons à la suite du retrait de la Confédération de la formation obligatoire (spécialisée). Selon le 2e article de ce concordat, la pédagogie spécialisée devient un mandat public de formation. Ce même article installe le principe des solutions intégratives qui sont à préférer aux solutions séparatives.


Nous ne disposons malheureusement pas de données statistiques sur le taux de scolarisation dans les écoles spécialisées depuis l’introduction de l’AI mais seulement depuis l’année scolaire 1980/81. Les chiffres des 45 dernières années sont plutôt inquiétants en sachant qu’une scolarisation en milieu spécialisé coûte un multiple de la fréquentation d’une école ordinaire. Pendant l’année scolaire 1980/81 13 500 élèves sur un total de 1 000 000 élèves de l’école obligatoire étaient scolarisés une école spécialisée. Ceci correspond à un taux d’école spécialisée de 1.4 %. Selon les derniers chiffres disponibles pour l’année scolaire 2024/25, ce taux dépasse désormais les 2 %, ainsi 20 700 élèves fréquentent une école spécialisée sur les 1 031 600 élèves de la scolarité obligatoire. Nous assistons à une augmentation de 49 % en 45 ans.
Le constat que le nombre d’élèves fréquentant une école spécialisée n’a cessé d’augmenter depuis le début des années 1980, signifie que le mouvement «l’intégration avant la séparation» s’est détérioré dans le domaine des écoles spécialisées bien avant la cantonalisation de la pédagogie spécialisée. Pour retourner la vapeur, nous devons probablement renforcer la perméabilité entre les deux silos et renforcer la collaboration entre les écoles ordinaires et spécialisées. L’objectif serait de permettre à chaque enfant de fréquenter avec ses frères et sœurs et les enfants de son voisinage l’école de son quartier et y trouver une réponse à ses besoins. A l’image de l’hétérogénéité des besoins, les réponses d’une école obligatoire pour tous les enfants doivent être diversifiées:
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Une «école pour toutes et tous» signifie que tous les élèves fréquentent ensemble, avec leurs frères et sœurs et les enfants du voisinage, l’école de leur quartier ou de leur village et qu’ils y obtiennent des réponses à leurs besoins: une intégration dans une classe ordinaire (avec ou sans soutien), un soutien limité dans le temps en dehors de la classe ordinaire (individuel ou en petits groupes, par ex. espaces dits d’apprentissage élargis, îlots d’apprentissage) ou une scolarisation (partielle) dans une classe particulière tout en participant à la vie générale de l’école (récréations, fêtes, etc.). |
Diminution des naissances des 5 dernières années et baisse projetée de la fréquentation de l’école obligatoire les 10 prochaines années: quelles opportunités?
Les naissances ont reculé de 13 % ces cinq dernières années en Suisse, de 89 644 enfants en 2021 à 77 902 en 2025 (OFS, 2026). Sur base de cette évolution l’Office fédéral de la statistique (OFS, 2025). a calculé trois scénarios pour le développement du nombre d’élèves de l’école obligatoire sur les dix années à venir (2025-2034). Le scénario de référence prévoit en 2034 une diminution moyenne de 3.9 % des effectifs pour toute la Suisse. Le scénario «haut» prédit une petite augmentation de 0.3 % par contre le scénario «bas» une perte de 8.1 %. Les cantons ne sont pas logés à la même enseigne. Certains peuvent s’attendre à des augmentations ou des pertes plus importantes, comme le montre le graphique suivant:
Une augmentation de la population des élèves va de pair avec la construction de nouvelles écoles ou l’agrandissement des anciens établissements. Cette croissance représente une opportunité pour créer des bâtiments scolaires plus inclusifs, qui respectent les normes de la conception universelle, comme garantir l’accessibilité architecturale des bâtiments (Architecture sans obstacles, 2017) et l’accessibilité pédagogique, à savoir des salles plus grandes pour des classes à plusieurs niveaux disposant d’espaces modulables, pour le travail en groupe ou en individuel, pour s’isoler ou encore des salles pour accueillir les élèves ayant des besoins complexes (BLLV, 2018; Hubeli et al., 2025).
Dans le cas d’une diminution des effectifs, des salles de classe vont se vider dans les écoles de quartiers et pourront être utilisées pour créer de nouveaux espaces d’apprentissage et pour intégrer les classes et les services des écoles spécialisées. Déjà à l’heure actuelle, certains petits villages préfèrent garder les élèves avec des besoins particuliers dans l’école ordinaire au lieu de les envoyer dans une école spécialisée afin d’éviter la fermeture de l’école.
Il ne s’agit pas de supprimer les compétences des uns ou des autres, mais de les fusionner et de les multiplier dans l’école ordinaire en la rendant accessible à toutes et tous les élèves du quartier. Un sacré défi certes complexe, mais pas impossible !

Discutons ensemble de la collaboration entre l’école ordinaire et l’école spécialisée
Le 14e congrès suisse de pédagogie spécialisée ouvre la discussion en s’intéressant à l’importance de la collaboration dans la mise en œuvre d’une école pour toutes et tous. A travers des conférences plénières et des ateliers, il explore quatre dimensions essentielles ainsi que leur interdépendance, la collaboration au niveau politique, de la formation, de la pratique et de la participation des élèves et leurs parents.
Discutons ensemble les 1er et 2 septembre 2026 à Brugg-Windisch nos visions, expériences, bonnes pratiques et stratégies pour une mise en œuvre réussie d’une école pour toutes et tous.
*Les opinions exprimées par les auteurs invités ne reflètent pas nécessairement la position de la CDIP.


