Enquête des organisations professionnelles – point de vue de la CDIP
Trois organisations professionnelles ont mené une enquête nationale auprès d'entreprises formatrices pour savoir si les jeunes satisfaisaient aux attentes des entreprises en ce qui concerne leurs compétences et aptitudes en début d'apprentissage. La CDIP donne son point de vue.
L’Union patronale suisse (UPS), economiesuisse et l’Union suisse des arts et métiers (usam) ont réalisé une enquête nationale auprès des entreprises. Il a été demandé aux entreprises formatrices si les jeunes satisfaisaient aux attentes des entreprises en ce qui concerne leurs compétences et aptitudes en début de formation professionnelle initiale. Les résultats de l’enquête ont été publiés aujourd’hui sous la forme d’un dossier.
Le dossier s’appuie sur une enquête menée auprès des entreprises formatrices. La première partie synthétise plusieurs perspectives scientifiques concernant les compétences fondamentales. Celles-ci témoignent d’une baisse de ces compétences au cours des dernières années (qui est observée dans l’ensemble des pays de l’OCDE), tout en soulignant les écarts de performance liés aux caractéristiques socio-linguistiques des élèves. Ces aspects ont déjà été traités dans les rapports scientifiques émanant des enquêtes COFO et PISA.
La deuxième partie du dossier présente les résultats de l’enquête. Il convient de noter qu’il ne s’agit pas d’une mesure objective des compétences des élèves, mais de la perception des entreprises formatrices quant aux compétences jugées nécessaires pour entamer un parcours de formation en entreprise. Le dossier ne permet malheureusement pas de prendre connaissance du référentiel de compétences utilisé pour l’enquête auprès des entreprises. Le texte semble surtout mettre l’accent sur des compétences définies par les besoins des entreprises (p. 7: «Il apparaît néanmoins clairement qu’à leur entrée dans la formation professionnelle initiale, de nombreux apprenants ne maîtrisent pas les bases mathématiques attendues par les entreprises»).
L’évaluation des attentes des entreprises est associée au terme de « compétences fondamentales », lequel est formellement défini par les standards nationaux de formation et les cadres conceptuels de PISA. L’enquête établit donc un lien direct entre les compétences attendues par les entreprises formatrices et les résultats des études COFO et PISA. Or il est faux de parler de « compétences fondamentales » dans ce contexte. En effet, les compétences fondamentales visées à l’école obligatoire en Suisse sont définies par la CDIP. Elles ne sont pas dictées par les attentes des entreprises vis-à-vis des compétences des jeunes à l’issue de l’école obligatoire.
En comparaison internationale, la Suisse obtient des résultats statistiquement supérieurs à la moyenne de l’OCDE dans les trois domaines de compétences testés (mathématiques, lecture et sciences). Les jeunes de 15 ans en Suisse atteignent régulièrement de très bons résultats, en particulier en mathématiques et en sciences. Les résultats de la Suisse sont restés stables et élevés en comparaison internationale au cours des trois dernières études PISA (2015, 2018 et 2022).
Pour les écoles, l’un des défis principaux reste la prise en charge des élèves rencontrant des difficultés scolaires. De nombreuses mesures sont prises à différents niveaux afin que le plus de jeunes possible atteignent les exigences fondamentales. Les cantons fournissent des efforts importants à ce niveau. Parmi les facteurs d’équité, citons par exemple les mesures prises en lien avec l’encouragement de la petite enfance, les structures d’accueil extrafamilial, le travail social en milieu scolaire, la promotion de l’apprentissage des langues et la promotion de l’intégration, ou encore la participation des parents. L’orientation professionnelle au degré secondaire I a été renforcée en 2015 par le projet Profils d’exigences scolaires pour la formation professionnelle initiale mis sur pied en collaboration avec l’usam. L’objectif principal est de garantir un système de formation ouvert, perméable, et offrant la possibilité de poursuivre sa formation après chaque diplôme obtenu («pas de diplôme sans issue»).
Il existe dans la formation professionnelle initiale tout un éventail de mesures de soutien destinées aux apprenties et apprentis dans les trois lieux de formation (cf. lien CSFO).
- Écoles professionnelles: le corps enseignant est compétent et expérimenté en matière d’accompagnement des personnes en formation. Les écoles professionnelles de taille plus élevée disposent en outre d’offres professionnelles à l’interne comme le travail social en milieu scolaire, et travaillent en étroite collaboration avec des expertes et experts externes et différents services.
- Entreprises: en fonction de leur taille, les entreprises offrent également des mesures de soutien pour les apprenties et apprentis, qu’il s’agisse du développement de leurs compétences techniques ou psycho-sociales. Dans le cas d’apprenties et apprentis faisant face à des difficultés au sein de leur entreprise, il revient à la surveillance cantonale des apprentissages de trouver des solutions.
- Cours interentreprises (CIE): le troisième lieu de formation offre lui aussi des mesures de soutien en dehors de l’enseignement ordinaire. Ces offres sont différentes d’une branche à l’autre et d’une profession à l’autre.
Dans de nombreux cas, la formation professionnelle permet d’ores et déjà d’offrir des perspectives aux jeunes en difficulté et de les accompagner avec succès jusqu’à un certificat du degré secondaire II. À cet égard, la formation en entreprise joue un rôle clé. Si les jeunes sont accompagnés dans leur entreprise de manière professionnelle et adaptée à leurs besoins, il est possible de compenser leurs lacunes éventuelles et d’opérer une évolution positive sur toute la durée de l’apprentissage et par la suite. Si ce type d’accompagnement n’est pas disponible ou s’il y a constamment des changements de personnel parmi les formateurs et formatrices professionnels ou en entreprise, la qualité de l’accompagnement baisse automatiquement, ce qui a des conséquences directes sur les performances et les compétences des jeunes. Il en découle également davantage de résiliations de contrat d’apprentissage.
